Lucyna, entre tendresse et entêtement

Ma douce mamie,

Lucyna de son jolie nom d’origine, a toujours préféré qu’on l’appelle Lucie. Polonaise de naissance mais Française d’adoption, depuis tous petits nous étions auprès d’elle tous les dimanches. 
Mamie nous a quitté un vendredi soir, un 26 mai, un soir plutôt sombre, un soir où les pleurs ont pris place à l’angoisse de l’attente. Elle est partie après que nous ayons quitté sa chambre d’hôpital, elle attendait de pouvoir dormir pour l’éternité qu’une fois nos regards détachés. 
Mamie, j’ai eu la chance de te tenir la main, de te murmurer mon amour lorsque tu attendais doucement ta mort ; dans ce sommeil si particulier, entre agitations et sérénité. Ce fut douloureux et pourtant essentiel de partager ces derniers instants, je n’en regrette aucunes secondes.
Mamie, quand je pense à toi, je te vois têtue au possible, mais tellement généreuse. De ton vivant, tu m’as beaucoup appris ; le partage, la sensibilité, la fragilité, le désintérêt de l’argent, et surtout l’importance de la famille, des vrais moments. Tu m’as choyé, tu m’as taquiné, tu m’as fait rire, tu m’as conseillé, tu m’as écouté, tu m’as souri, tu m’as porté… Je t’en remercie. 
De ta mort, tu m’as ouvert les yeux, sur ce qu’était le monde et, un peu, sur qui j’étais, mais surtout sur qui je n’étais pas, sur ce que je ne voulais plus. Grâce à toi et ton départ, j’ai compris que le travail ne devait pas être une contrainte, que la réussite devait être seulement pour moi. Que le monde, dans lequel nous vivons, est précieux, qu’il fallait aimer cette terre de tout notre être pour tout ce qu’elle nous apportait. Que l’amour que j’avais à donner ne servait à rien s’il restait enfermé dans mes pensées. Qu’il fallait profiter de la famille bien plus que des biens matériels. Que pour aimer la compagnie des autres, il fallait apprendre à aimer être seul. Que rien est grave tant que l’amour nous entoure et nous transporte. Mais surtout que la vie est précieuse et unique. 
Je sais que parfois tu t’amuses à mettre cette musique qui me fait penser à toi. La vie m’envoie des signaux de toi toutes les fois où je m’égare de mon chemin. Je sais que c’est ta présence qui me guide doucement et discrètement. 
Le deuxième Noël sans toi fût encore difficile, mais je dois l’avouer, moins que le dernier. Tout simplement car je sais que tu résonnes en chacun de nos coeurs et de nos âmes, donc que tu es là.

Ta chère petite fille

Le sud, Nino Ferrer, 1975